CLAUDE DITYVON

" HOMMAGE "

 

 

 

 
 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

« A force de regarder je commence seulement à entrevoir »


A une époque, au début de ma carrière, je supportais bien l’étiquette de reporter.
Eugène SMITH, Henri CARTIER-BRESSON, et combien d’autres me réconfortaient et me rassuraient.
Avec le temps et l’expérience j’ai compris que ce terme était devenu une formule irrespectueuse qui divisait les photographes en documentaristes, illustrateurs, narrateurs, enregistreurs confrontés aux auteurs, créateurs, artistes. Les galeries, les FRACS, les musées, etc..  ont participé honteusement à créer cette ambiguïté.

Aujourd’hui je ne suis ni reporter ni artiste conceptuel, mais tout simplement un photographe passionnément engagé dans cet art sublime, magique, initiatique.
A force de regarder, je commence seulement à entrevoir….

Photographier l’homme qui marche, référence au sculpteur et peintre GIACOMETTI, est ma principale interrogation. Je m’y retrouve lorsque j’avance pas à pas, hésitant, fragile, déterminé, le torse droit d’écorché vif s’élevant vers je ne sais quel espace cosmique.
Les tunnels, les longs couloirs, labyrinthes de la vie et de sa disparition restent pour moi des lieux privilégiés. L’ombre et la lumière s’y croisent, mais s’y opposent aussi. Soudain aux abords d’une lumière blanche, immaculée, l’homme surgit les bras ballants, transi, les yeux grands ouverts, regarde émerveillé, il semble sorti du néant. Attentif, curieux, mais inconsolable, j’essaye d’être à l’affût de l’indicible et de l’aléatoire.

Mon engagement se situe là : m’impliquer à fond, déterminer un regard, définir et construire une écriture visuelle, tenter de photographier l’infime mouvance de la vie, l’ultime.
Je ne supporte aucune attitude démagogique.
Le fond et la forme sont indissociables.
J’essaye de transmettre et de donner de l’émerveillement, de la beauté, aussi infime soit-elle.
Paris, le 12 Mai 2000
DITYVON

« La beauté ressuscitée »
Mémoire au fil du temps, regards fraternels, les veilleurs de la vie revèlent les fragments de l’aventure humaine.
J’ai voyagé dans l’intemporel, mais le pays des songes ne m’est plus inconnu, chaque fraction de seconde, je le côtoie, j’y habite.
Le rappel du temps passé est toujours douloureux. La vision de l’enfance peu à peu s’estompe, mais il est encore temps !
L’aurore bleue s’étale et se pointe à l’horizon. J’ai comme un espoir de grandir. Des images surgissent, étincelles de vie.
Des visages, des corps dénoués se déplacent dans un espace temps.
Des regards fraternels, beaux de leurs intensités m’interrogent.
Chaplin, Keaton, Murnau, Eisenstein, Forman, Olmi, Vertov, Daquin, Renoir, Steinbeck, Zola, Rimbaud, Baudelaire, Eluard me saluent à travers ce voyage éclair.
C’était hier.
Que de pays traversés : l’ouvrier, le pêcheur,le mineur, le paysan, l’artisan.
Ces visages au regard frontal, le coeur vrai, hommes en attente, solitaires, un monde perdu.
Et toutes ces régions égarées de ma mémoire.
Enfin ce lieu indestructible, incomparable, magique, territoire de toutes les lumières, j’ai nommé “ Liberté”
Qui suis-je, l’allumeur des pénombres ? Peut-être le montreur de parcelles de vie.

Claude DITYVON 2005

CV   

 

Né à La Rochelle. Il commence la photographie en 1967.
Prix Niepce en 1970, co-fondateur de l’Agence VIVA en 1972, il a produit une vingtaine d’ouvrages, albums, catalogues, films bancs-titres. Il a exposé en France, en Europe, aux États-unis, à la Réunion, à Djibouti, en Chine.
Il travaille seul, depuis de nombreuses années.
Ses sources d’inspiration ont été le cinéma, essentiellement le cinéma muet et le cinéma noir et blanc des années 50, la poésie, le jazz et la littérature.
« Tout en recherchant l’épure, j’essaye de transmettre et de donner de l’émerveillement, de la beauté, aussi infime soit-elle !» (C.D.)