SIBYLLE FENDT

" L' angoisse au quotidien "

 

 

 

 

 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

Psychopathologie de l’inutile quotidien
A propos des photographies de Sibylle Fendt

Qui d’entre nous n’a pas éprouvé un jour une incompréhensible réticence à se séparer d’un objet pourtant devenu inutile ? Et qui ne s’est jamais rassuré à s’inventer de fausses bonnes raisons de le conserver ? Certains possèdent des caves et des greniers, voire des maisons de campagne pour s’adonner à ces repentirs quotidiens. D’autres encombrent avec eux leur espace de vie. Dans le capharnaüm qui en résulte, une psychanalyse hâtive pourrait pointer le goût du désordre, voire celui du déchet et, pourquoi pas, de l’excrément. Mais ces métaphores de l’analité sont bien inutiles. La vérité est que l’être humain doit à tout moment apprendre à se séparer. Certains gèrent cette épreuve avec brutalité et jettent trop vite des objets qu’ils regrettent ensuite, jusqu’à chercher parfois leurs sosies dans des marchés aux puces ! D’autres décident une fois pour toutes de ne pas s’imposer cette épreuve. Leur espace familier se transforme alors peu à peu en une vaste mémoire de leur vie quotidienne. Est-ce pour eux l’occasion d’oublier ou au contraire de mieux se souvenir ? Les deux peut-être, selon les circonstances et les objets…
Hélas, les arbres qui perdent chaque année leurs feuilles offrent aux regards d’infinies couleurs que la végétation à feuillage persistant ne connaît pas. Il en est de même pour nous tous : refuser de nous séparer ne nous fait souvent échapper aux angoisses de la séparation que pour nous précipiter dans celles de l’immobilisme. Les nuances de la vie risquent alors de s’effacer en nous plongeant dans un éternel automne.

Serge Tisseron


"Repliés" – L'angoisse du quotidien.

Ce travail photographique est au sujet de personnes, qui se sentent "uneins", qui ne se sentent pas "un". "Uneins" pourrait vouloir dire: qui ne se considèrent pas comme une entité, qui se sentent mal à l'aise, "in-décidées", morcelées, divisées. Pour elles, la vie de tous les jours est une bataille. Ce combat quotidien est reflété par leurs conditions de vie.
C'est un projet au sujet de prétendus "désordonnés". Ces personnes ainsi qualifiées échouent à trouver l'harmonie entre elles-mêmes et leur environnement, entre leur moi et le monde extérieur, d'une façon générale entre l'intérieur et l'extérieur.

Les sujets soulevés par mon projet sont multiples: la solitude, les tendances suicidaires, les supposés échecs de la société, la maladie, les dépendances aux drogues. Le concept d'humains perçus comme des êtres passifs, et l'idée du refus d'affronter le réel.

Sibylle FENDT
Traduction©StéphaneDurieu, 2006

 

CV   

 

Née en 1974 à Karlsruhe, en Allemagne. De 1993 à 2002, elle étudie l’histoire de l’Art, la philosophie et la photographie ; diplômée de l’Université de Bielfeld et de la Städel-Art-Academy de Frankfurt (classe de Wolfgang Tillmans). Photographe indépendante depuis 2002, elle expose au « Kodak-Nachwuchs-Förder » en 2002, et au « 5èmes Rencontres de la Photographie Africaine » à Bamako au Mali, en 2003. En 2004 elle reçoit le Prix Otto Steinert.

 

SITE INTERNET   

 

http://www.sibyllefendt.de