JOANNA BORDERIE

" Sans titre "

 

 

 

 
 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

Le point de départ de cette œuvre est la question de la représentation de la femme du point de vue du genre (féminin / masculin). Il est important d’analyser les représentations comme langage et comme mode de structuration des normes. Nous sommes encore essentiellement confrontés à des représentations stéréotypées. Les femmes sont représentées comme objet idéalisé, passives (ou ce qu’on veut bien leur prêter d’actif), à disposition sexuelle et offerte au regard masculin : plus comme objet de contemplation que comme sujet d’action. Mon propos s’articule selon les termes de Marcia Tucker, qui souligne l’importance de penser et d’agir dans le but de ne plus stigmatiser la représentation des femmes.

Je tenais à confronter, selon un même procédé, les images de femmes ordinaires dans leur quotidien, produites par un homme (Blaise, un ami photographe), et par une femme (moi). Il s’agissait de confronter des points de vues féminin et masculin sur la représentation des femmes mise en évidence par l’image. Il fallait prendre en photographie une femme pendant 24 heures, en faisant « comme si je n’étais pas là », adopter un point de vue neutre afin de savoir ce qui persiste dans l’image lorsqu’on occulte le côté volontaire ou le parti pris du photographe. Nous les avons donc suivies dans leurs activités, ainsi que dans leurs intimités, chez elles, au réveil, au coucher…

Manifestement, les photographies ainsi réalisées ne nous permettent pas d’identifier celles qui ont été faites par un homme ou une femme, elles ne traduisent aucune différence de point de vue selon la différence des sexes sur la représentation des femmes. Ce qui conditionne l’individu, ces actes et ce qu’il est, n’est pas son sexe, ou autrement dit sa nature, mais les représentations, et, à travers elles, l’idéologie mise en jeu dans la société à laquelle il appartient.

Si les hommes et les femmes sont différents, c’est-à-dire si la différence des sexes est bien réelle, elle est le fruit de l’idéologie. C’est pour cette raison que j’ai décidé de m’approprier l’ensemble des photographies dans le but d’en faire une œuvre autonome qui obscurcit le discours qu’elle illustre.

Le contexte de prise de vue n’a plus vraiment d’importance. Je me suis servie des images comme matière afin de produire un objet visuel fort. D’apparence chaotique, mais articulée selon deux axes communs à chaque femme (brossage de dents, café du matin, au lit…), sa force formelle devient onirique, celle d’un papillon coloré (ou celle d’un X), je laisse parler l’œuvre d’elle-même.

Le regard du spectateur visite ces quatre femmes dans leur quotidien. Les trajectoires du regard sont multiples et non orientées. Aucun ordre chronologique n’est respecté : je n’ai pas souhaité raconter une histoire. Je n’impose pas de lecture. L’intention devient simple, celle de faire partager des fragments de vies et de lieux, être immergé dans les images et se retrouver « au côté » de chacune des protagonistes.

Cette œuvre exprime la contradiction entre la banalité des images et sa forme jubilatoire.

 

CV   

 

Organise une exposition intitulée Les nuages en 2001, pour la Mission Photographique du Conseil général de Seine Saint Denis. En 2002, elle obtient une maîtrise de photographie et multimédia, puis étudie le cinéma. Chef opérateur sur deux courts-métrages, en 2002 et 2003. Elle anime ensuite des ateliers vidéo et graphisme à la MJC de Sarcelles. De 2003 à 2005, elle exerce en post-production cinéma.