KAI MEWES

" les camps de la mort "

 

 

 

 

 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

ÜBERLEBENSHUNGER (« SOIF DE SURVIE »)

A côté des photos d'objets de la vie quotidienne, tels que des casseroles, des couverts ou des seaux, que le photographe Kai Mewes a prises dans les entrepôts de Buchenwald, Dachau, Auschwitz, Mauthausen, Neuengamme et Sachsenhausen, se trouvent des extraits de récits d'anciens prisonniers. Christoph Newiger, journaliste et écrivain spécialisé, a choisi ces textes parmi les déclarations de témoins du procès d'Auschwitz de 1965 et dans le rapport de Buchenwald. "Comme pour les objets, nous nous y sommes pris de manière complètement intuitive. Nous ne sommes pas des historiens et voulons éviter l'abus médiatique." C'est pourquoi le texte et la photo qui l'accompagne n'ont aucune relation directe, mais ont été mis ensemble au hasard. Un couvert d'un gardien de Buchenwald se trouve à côté du récit de la doctoresse des prisonniers, Dr. Ella Lingens, selon lequel la petite Dagmar mourut quelques heures après sa naissance parce qu'un docteur lui avait donné une piqûre qui devait lui faire des yeux bleus. A côté des objets de la vie quotidienne se trouvent quelques instruments de torture. "Nous voulions montrer la cruauté des coupables, sans être racoleurs", dit Newiger. Chacun peut décider ce qui l'interpelle le plus, une piqûre au cœur ou un chapelet fait à partir de miettes de pain, qui montre de manière impressionnante que la volonté de survivre est la dernière chose que l'on peut dérober à l'homme.
Petra Schönhöfer ­ Süddeutsche Zeitung du 05/09/2005.


(…) Il ne s’agit pas de ces amas de cadavres ni de ces images de corps décharnés et tués qui sont connus pour leur effet de choc et qui effraient.
Un crucifix fabriqué à partir d’une tête de brosse à dents, des saladiers, des gourdins, des bracelets pourvus des n° des prisonniers, une boucle de ceinturon polonais portant l’inscription : « celui qui apprend à connaître les hommes apprend à aimer les animaux ».
(…) C’est au plus tard à travers les citations que l’horreur devient personnelle. On y parle de piqûres de la mort, de coups, de dents en or arrachées, d’un enfant jeté contre le mur devant les yeux de sa mère. Un enfant de 16 ans a gravé dans le mur son nom et son jeune âge avec du sang.
On nous parle des wagons de transport bondés dans lesquels les gens meurent. Des prisonniers qui veulent soutirer le pain des Juifs dont la dernière heure est venue.
Les extraits des témoignages effectués lors des procès d’Auschwitz de 1965 et des rapports de Buchenwald de 1945 et 1995 paraissent avoir été écrits de manière si stériles, que c’est justement en cela qu’ils permettent de se rapprocher de sa propre tragédie. Les objets provenant des camps de concentration, photographiés entre 1999 et 2001, portent un intitulé et un numéro d’inventaire.
Ils montrent de manière très subversive la teneur de la vérité. Un glossaire lugubre de Dachau et des boîtes en fer vides placées pour les disparus inconnus nous ramènent vers les atrocités commises qui étaient restées jusqu’alors dans l’ombre ou que l’on n’avait pas voulu mettre en lumière.

Freia Oliv - Extrait du journal le „Münchener Merkur“ du 13 Juillet 2005


Le visiteur cherche dans l’image des points de repère du texte et ne les trouve pas : le texte décrit des moments inconcevables et la photo raconte d’autres histoires, des histoires nouvelles, et inversement. Langue et image se font face, s’interpellent sans abuser l’une de l’autre de leur pouvoir médiatique. On serait tenté de rassembler tous ces collages pour en faire une seule et unique Histoire „universelle“.

De cette façon, une oeuvre naît, en laquelle se fondent l’art photographique et la littérature. À travers elle, les initiateurs de cette exposition sondent, au niveau du contenu, les limites de l’existence humaine. Comment des hommes se comportent-ils, que pensent-ils et que ressentent-ils lorsque leur environnement s’est complètement déshumanisé, lorsque la loi du plus fort et le totalitarisme prévalent implacablement?

Pour accéder à la réalité des images, le visiteur doit se donner l’effort de lire. S’il n’y consent pas, les images demeurent uniquement des reliques historiques d’un processus interchangeable dont les objets esthétisés invitent à établir une typologie.


Kai Mewes est parrainé par la Fondation  "Stiftung Erinnerung, Lindau" que nous remercions pour son aimable partenariat avec notre Festival.

 

CV   

 

 

Né en 1965 à Dusseldorf. Il suit une formation de photographe de mode et de publicité de 1987 à 1990. Photographe indépendant depuis 1991. Son œuvre Soif de Survie (1999) est exposée pendant 6 mois au Conservatoire de Musique et de Théâtre de Munich, et aux Voies Off en 2005. Ses travaux sont primés en 2004 par Photokina Köln

 

SITE INTERNET   

 

www.kaimewes.com