ETHAN EISENBERG

" Les territoires occupés "

 

 

 

 

 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

Photographies de la vie quotidienne à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.


En 1994, j'ai entrepris un travail photographique personnel sur la vie quotidienne à Jérusalem, en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, des zones qu'Israël avait occupées depuis 1967 et que, selon les termes d'un accord général de paix, il avait accepté de remettre sous le contrôle des Palestiniens. J'espérais assister à et pouvoir témoigner de la résolution graduelle d'un conflit vieux de plusieurs générations, et de l'éventuelle formation d'un Etat palestinien.
 Au cours des sept années qui suivirent, négociations et compromis constituèrent l'arrière-plan historique d'une période d'espoir et de frustrations, d'avancées, et finalement, d'échec.
Malgré la poursuite de la violence de part et d'autre, le calme relatif a permis l'émergence d'expressions culturelles et religieuses à travers lesquelles chacun a pu revendiquer ses droits à une terre. Ainsi, la lutte armée s'est transformée en lutte politique.
Lorsque la seconde Intifada a commencé en septembre 2000, l'escalade de la violence a créé une nouvelle réalité : celle de la mort, de la destruction, et de la crainte. En fait, la culture de la guerre a évincé les signes de progrès qui étaient apparus.

Voyageant sans cesse d'un monde à l'autre, je me suis intéressé à la façon dont les sociétés israélienne, palestinienne et chrétienne - chacune métissée de croyances religieuses et d'influences séculaires (grandissantes) - s'étaient construites en fonction de leur puissance ou de leur faiblesse au long de ce conflit.
Je me suis demandé dans quelle mesure les gens s'étaient adaptées à leurs rôles, comme membres d'une population soit dominante soit opprimée, et s'il était possible que ces individus trouvent des refuges à leurs émotions, à l'écart de la colère et de la haine induites par un tel environnement.

Cherchant des événements où s'expriment les croyances de chaque société, j'ai tout photographié, des rassemblements politiques aux périodes de vacances, afin de mesurer la teneur du soutien moral qu'opèrent mythes et idéaux dans leurs luttes nationales respectives.

J'ai couvert des rituels religieux, des événements sociaux et des rassemblements pour voir jusqu'à quel degré le conflit s'est immiscé dans le tissu de la vie quotidienne. J'ai remarqué une caractéristique commune aux ennemis : la nécessité de proclamer publiquement sa différence.
Bien qu'il y ait des différences évidentes entre Musulmans, Juifs et Chrétiens, on pourrait avancer l'idée qu'une histoire originale commune, constituée de leurs récits historiques partagés, de la prééminence de la foi religieuse et de l'attachement à une même terre les réunit.

Dans une zone familière au monde comme le contexte d'une série d'événements isolés les uns des autres, j'ai essayé de replacer les drames qui s'y produisent dans celui plus large mais non moins mouvementé de la vie quotidienne.
Poursuivant mon projet à travers des cycles de progrès vers la paix et de violence, j'ai essayé de montrer à quelle distance il est possible de reléguer l'amère histoire d'une longue lutte en vue des difficiles compromis et d'une paix pourtant promise.

Traduction: ©Stéphane Durieu, 2006.

CV   

 

Diplômé en 1986 en Art et Philosophie à l’Université de Toronto, puis en 1993 des Beaux-arts de l’Université Concordia à Montréal. Il enseigne ensuite la photographie. Photographe indépendant depuis 1993, il expose fréquemment ses œuvres notamment à Toronto, à Montréal et en Belgique. Il publie dans de nombreuses revues et donne des conférences en écoles et universités. Ses travaux ont reçu les prix « Canada Council Mid-Career Artist Grant » et « Ontario Arts Council Project Grant »