FLORE-AËL SURUN

" HOMMAGE "

 

 

 

 

 

 

L'ARTISTE ET SON OEUVRE  

 

J'ai découvert le travail de Flore-Aël Surun il y 6 ans et j'en ai pris plein les yeux. Enthousiaste, je lui ai immédiatement envoyé un courrier, ce que je n'avais jamais fait pour une inconnue et n'ai pas refait depuis. Les surprises de cette taille ne sont pas courantes :
 "Vous êtes une très extraordinaire photographe. Vous avez tout perçu et nous le faites partager : les déchirements de l'ombre et de la lumière, la force du rêve et de la nuit, le rythme des couleurs, et surtout la magie du sacré jusqu’au cœur même de la détresse. Vous êtes absolument dégagée des contraintes du concept et faites chanter les formes. Energie, poésie, grandeur d’âme, tout est là. Mademoiselle, chapeau bas !
Et merci."
 Depuis, j'ai suivi attentivement le parcours de ce personnage rare et génialement inspiré qui travaille avec autant de profondeur, de sensibilité et de finesse sur les orphelins de Roumanie, les mariages, les transsexuels, sa vie amoureuse, le combat des alter-mondialistes, etc.
 F.A.S., Flore Altesse Sérénissime, est partout la princesse d'une photographie résolument engagée. Engagée pour la couleur, pour l'amour, pour la vie. Engagée "POUR", toujours, avec ses questions, sa gentille modestie et son grain de folie... ou de sagesse, qui sait ?
Xavier ZIMBARDO


 
Flore-Aël Surun photographie des «sur-vivants». Parce que leurs survies de tous ordres la touchent au cœur sans crier gare.
Dans les rues de Bethléem, les regards perdus des passants la pousse à chercher les lieux où la vie tient le coup, se mutine. Elle commence une série de reportages sur la paix qui l’emmène d’une marche dans le désert aux refuges canadiens de jeunes déserteurs américains.
«Corps à corps» saisit les manifestations contre le G8 à Annemasse. Corps vivants, agissants qui crient comment défendre leurs paradis.
D’autres corps attirent son regard. Résistants, transformés : «Transsexuels: femme vers homme» dévoile avec pudeur ce que l’identité signifie quand il faut devenir, envers et contre tout, pour être.
Dans «Sur-vie sous», elle descend dans les souterrains de Bucarest pour se lover avec les enfants des rues. Surprendre des baisers échangés et leur joie encore là, pour que le sentiment de vie soit plus fort. Brûler leurs visages de lumière pour en faire des anges.
«Les bisous», une histoire d’amour vécue, éclatante et sombre, a laissé son empreinte sur toutes les autres histoires photographiques.
Corps à corps ou « comment défendre son paradis» 2003
Ces images ont été prises pendant la manifestation qui a eu lieu contre le G8 à Annemasse en juin 2003 ; sous la douche ou sur la route les manifestants sont les mêmes…..leur enfer et leur paradis, pour un autre monde auquel ils veulent croire et moi aussi. 
D’abord un campement géant auto-géré, des hommes, des femmes qui viennent écouter, parler, échanger, essayer de trouver des solutions pour un monde plus juste…. Et puis cette action contre toute attente sur cette route de campagne en direction d’Evian, sans témoin, au milieu de nulle part: la police a « joué à la guerre », pendant six heures non-stop elle a lancé des lacrymogènes et des canons à eau sur ces manifestants pacifistes, qui se sont transformés en silhouettes noires se battant pour éteindre les gaz contre nature… Ils voulaient retarder le sommet en bloquant la route aux traducteurs, ce qui est considéré comme une action de désobéissance. Sur le chemin du retour ils se sont fait applaudir par les habitants des quelques maisons alentours…
J’ai envie de parler de ça, j’ai envie d’un monde plus juste, j’ai envie d’un paradis sur terre…


« Sur-Vie sous » Roumanie 1997-1999
Les adolescents des rues sont approximativement au nombre de 2000. Leur nombre varie constamment. Pour la plupart, ils viennent des orphelinats, ou bien ils sont partis de chez eux à cause de la violence du père ou de la pauvreté. Enfin, certains choisissent la liberté de la rue. Ils se rassemblent en clans de 5, 10, ou 20, souvent mixtes. Ils ont entre 9 et 22 ans. Des couples se forment à l’intérieur des clans, voir même entre les clans. On est en plein dans la période de l’adolescence et les histoires d’amour vont bon train. Ils s’en sortent avec quelques vols, des cambriolages pour certains, de la prostitution, de la mendicité, des petits boulots, des aides humanitaires...
Ils habitent sous terre, le long des canalisations d’eau chaude qui courent sous toute la ville pour former un gigantesque labyrinthe.
La taille d’un canal peut varier : être tout en longueur, ou de la taille d’une petite pièce. L’entrée se fait donc par les bouches d’aération, on descend le long d’une échelle de fer pour arriver dans une atmosphère chaude et humide ; il fait à peu près 30°. On y entend des grillons qui s’y sont cru en été. C’est un privilège de visiter leur canal. Il vous faut une invitation. Ils peuvent vous demander de repasser lorsque leur canal sera rangé. On peut alors voir la réplique de l’intérieur d’une maison : un lit superposé fait de bric et de broc, une petite armoire, des chaussures bien alignées, et même un balais dans un coin.
Pour la douche et la lessive, ils se servent d’arrivée d’eau des tuyaux. En général il faut marcher 5 ou même 1O minutes avant d’arriver à la douche elle-même. Ils ne dorment pas à coté des douches car le sol est inondé. Sinon ils mettent une planche en bois en travers des tuyaux et dorment dessus, à l’abri des inondations.
Les jeunes y sont en tee-shirt ou même torse nu alors que la température extérieure ne dépasse pas les zéro degrés. Ils s’éclairent au moyen de bougies volées dans les églises. Leur vie est à chaque instant en danger, le feu peut prendre très rapidement, une bougie tombe sur les cartons, sur les vêtements et le feu part sans qu’un seul puisse réagir. Je me souviens de Mia, la tête couverte de suie, avec Costel l’unijambiste dans ses bras, qui n’aurait pas pu remonter la mince échelle.
Des noms et des signes de croix sont dessinés à la suie sur les murs. Ils écoutent une petite radio récupérée lors d’un casse, insouciants et invincibles. Ils fêtent l’anniversaire de Florie, 17 ans, de Maricica, 2O ans et chef de canal. Marian, lui, crie sans son, la bouche grande ouverte vers le ciel qu’il s’imagine. Il se balance de droite à gauche comme un fou qui chercherait à rattraper son propre équilibre.
Parfois, au milieu de ce fouillis, on peut voir un bouquet de fleurs dans une bouteille de verre cassée.

 

CV   

 

Née en 1975. Vit à Paris. Diplômée, en 1997, du « Book Major » de l’EFET à Paris. Elle entre à l’agence Métis en 2003, puis au collectif Tendance floue en 2004.
Ses reportages : Punks à Paris, Corps à Corps (sur le G8), La tentation de la paix : Israël-Palestine, Transsexuels… Son travail Sur-vie sous, réalisé entre 1997 et 1999 en Roumanie, a été largement salué : « Grand prix du festival de Biarritz », « Attention Talent » de la Fnac en 2001. De nombreux magazines publient ses photographies.